Dancer in the dark

Publié le par £ee£oo




Voici un de mes films cultes: Dancer in the dark de Lars Von Trier, sorti en 2000. Le film a obtenu la palme d'or la même année, et Björk, le prix d'interprétation féminine. L'histoire est celle de Selma, tchèque, vivant seule avec son fils dans une caravane aux USA, travaille dans une usine. Elle économise pour payer l'opération que son fils va devoir subir, qui aura le même handicap qu'elle: la cécité.

Autant vous le dire tout de suite; ceux qui sont allergiques aux (mélo)drames, ce n'est pas la peine de le regarder. Certains reprochent à Lars Von Trier de vouloir manipuler le spectateur, de lui tirer parfois toutes les larmes de son corps. A vrai dire, je pense que tant qu'on ne connaît pas le réalisateur (en tant que personne j'entends), je vois mal comment on peut être sûr de ce type de réfléxions. Moi je prends les oeuvres cinématographiques qu'on propose comme telles, et c'est tout.
Tout ça pour dire qu'effectivement, Von Trier est un cinéaste qui fait beaucoup dans le (mélo)drame (Breaking the Waves en 1996, Dogville en 2003), et maltraitant particulièrement les femmes. Du coup, certains diront qu'il est mysogyne. A vrai dire, peut être, comment savoir? Je ferais la même réfléxion que pour le point précéda
nt.

La particula
rité de Dancer in the Dark est d'être un drame musical. Même si la structure du film fait que je trouve que ça n'a pas vraiment de rapport avec les comédies musicales. Chaque chanson correspond à un passage où Selma fuit son quotidien en imaginant son entourage chanter. Les passages en chanson commencent à partir de la moitié du film. Là en fait, où la vie devient vraiment dure pour Selma (les nuits qu'elle fait en plus du jour à l'usine, le fait qu'elle devient complètement aveugle, le meurtre qu'elle commet, son isolement en prison, sa conduite à la pendaison).
Le seul passage qui n'est pas issu de l'imagination de Selma est à la fin, au moment de mourir, elle se met à chanter a cappella, avec les employés de la prison qui l'écoutent avec plus ou moins d'intérêt, plus ou moins de compassion. C'est aussi le seul moment musical qui n'intervient pas pour faire oublier la vie réelle à Selma, mais qui est là pour marquer son soulagement qui arrive. En effet, juste avant, son amie Cvalda lui aura donné les lunettes de son fils, pour lui annoncer qu'il a subit l'opération et qu'elle a été une réussite.

Les moments musicaux sont filmés d'une manière différente de la vie réelle de Selma. Ils sont filmés de façon similaire à la vie quotidienne finalement: caméra à l'épaule, image neutre. Les passages musicaux sont filmés également avec plusieurs caméras qui sont fixes. Cela donne différents plans fixes qui se succèdent et qui créent une dynamique essentielle à des passages comme la chanson dans l'usine. La scène musicale sur le pont a été filmée grâce à 100 caméras disposées selon le souhait du chorégraphe Vincent Paterson (qui joue aussi le rôle du réalisateur de la comédie musicale théâtrale dans laquelle Selma doit jouer). Ces passages en musique dégage une atmophère particulière, Selma semble être une autre, plus extravertie, les personnages qui l'entoure participent activement, selon les souhaites de Selma finalement. Il y a aussi une couleur de l'image qui est différente. De couleur plus contrastée, elle renvoit à une notion de rêve
. La musique, composée et chantée par Björk est magnifique. C'est sûr, il faut aimer ce style de musique, mais chaque chanson a son charme propre associée à la situation. Avec sa dure existence, Selma a besoin de vivre, de profiter; et la chanson Cvalda, dans l'usine, est dynamique, entraînante. Elle a besoin de rythme; elle le dit plusieurs fois; la scène musicale dans le théâtre en est l'illustration, mais surtout celle où elle chante seule, dans sa cellule, sans le moindre son, souffrant du silence pesant, est notamment bouleversante. Au contraire, quand elle se rend compte que son admirateur comprend qu'elle ne voit rien, la chanson qui débute est mélancolique. Après le meurtre, la chanson qui commence est à la fois triste mais remplie d'espoir; Selma essayant de se réconforter. A noter que toutes les chansons sont issues de l'imagination de Selma à partir des bruits quotidiens qui l'inspirent (les machines, un tourne disque, les pas de danse...). Cela note le lien et la confusion entre la vie réelle de Selma et ses rêves, ses envies.

Il y a une chorégraphie pour chaque chanson, mais adaptée au contexte je dirais, c'est-à-dire, que ce sont des chorégraphies tout à fait réalisables, et pas spectaculaires, le but étant d'apporter un peu de relief aux chansons. Björk n'aurait du que composer la BO, mais Lars Von Trier l'a contrait à jouer le rôle de Selma. La chanteuse a accepté car sinon, les chansons qu'elle avait composées pour Selma n'auraient pas été utilisées. Leur collaboration a d'ailleurs été parfois houleuse, les deux personnalités étant réputées comme difficiles.

En tout cas, Björk livre ici une prestation impressionnante. N'étant pas actrice (elle avait fait seulement une apparition dans Prêt à Porter de Robert Altman en 1995), elle s'est transformée en Selma, littérallement. Elle n'était plus elle même. Elle a d'ailleu
rs mis 9 mois à se remettre du rôle, à se retrouver. Par la suite, elle n'a rien tourné (elle est mentionnée uniquement dans quelques documentaires), à part pour son mari Mattew Barney en 2006, pour son film expérimental et introuvable Drawing Restraint 9.

Le personnage de S
elma est curieux, inhabituel. Son but, celui de sauver les yeux de son fils est tellement omniprésent, qu'elle n'éprouve ni colère, ni rancoeur. Sa voisine lui reproche d'avoir dragué son mari, alors que c'est lui qui est venu voir Selma pour lui parler de ses problèmes, et qui a inventé cette histoire pour que sa femme ne doute de rien? Pas de problème, elle ne nie pas et ne va pas non plus faire une réflexion à Bill, son voisin. Elle se fait virer? Elle ne montre aucun signe de femme affectée et reste courtoise. On raconte des mensonges à son procès? Elle ne dit rien non plus. Elle sait que le temps est compté pour son fils, et elle veut simplement qu'il se fasse opéré au plus vite. Selma est consciente que consacrer du temps à se défendre, à régler ses comptes sera une perte de temps. D'ailleurs, le seul moment où elle s'énerve sera au moment où son amie lui annonce que l'avocat qui la fera sortir, sera payé avec les économies pour l'argent de l'opération. Et là, la seule chose pour laquelle elle se bat depuis longtemps, la seule chose essentielle à sa vie, commence à lui échapper. Selma essaye donc de faire comprendre au personnage de Catherine Deneuve ce qui lui importe.
Les autres personnages sont assez insignifiants je dois dire, manquant de profondeur, de charisme. Catherine Deneuve est même assez mauvaise dans ce rôle qui ne lui va pas.

En tout cas, je vous conseille de voir ce film, qui est certes, particulier, mais qui procure des émotions.

En version bande annonce:

Les + : - la musique                               Les - : -les second rôles
           
  - Björk                                                    
             - l'émotion qui prend aux tripes

 

Pour la bande annonce c'est ici.

Publié dans Drame

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